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Le Sud-Ouest - série découverte (1/6)

4 min de lecture

Du Périgord au pied des Pyrénées, le Sud-Ouest viticole suit cinq rivières qui portent leurs vins vers l'Atlantique. Longtemps tenu en aval par Bordeaux, il a gardé des cépages et des caractères qu'on ne trouve presque nulle part ailleurs.

Photo par Dan Meyers / Unsplash
Photo par Dan Meyers / Unsplash

Une vigne inscrite comme un monument

En 2012, une parcelle de Sarragachies, dans le Gers, est inscrite au titre des Monuments historiques. C'est la première vigne protégée de cette façon en France. Ses souches ont échappé au phylloxéra et n'ont jamais été arrachées. Elles mêlent sur quelques rangs des variétés que les pépinières ne proposaient plus. Plaimont Producteurs, la coopérative du secteur, étudie ces plants et les multiplie pour les remettre en culture.

Cette conservation n'est pas un hasard. Elle tient en partie à une contrainte commerciale ancienne. Les vins produits en amont de Bordeaux, dans ce qu'on appelait le « Haut-Pays », se heurtaient au privilège des vins de Bordeaux : ils ne pouvaient descendre et se vendre sur la place qu'une fois la récolte bordelaise écoulée. Ce privilège fut aboli par un édit d'avril 1776, préparé par Turgot, qui permit de faire circuler librement les vins. Tenus à l'écart des grands marchés, les vignerons du Haut-Pays avaient peu de raisons d'arracher leurs variétés locales pour planter des cépages plus demandés. Ce retard commercial est devenu, avec le temps, un patrimoine.

Cinq rivières, cinq caractères

La Dordogne traverse le Périgord pourpre. Autour de Bergerac, on fait des rouges de merlot et de cabernets, et des blancs doux ; à Pécharmant, les rouges poussent sur des sables et des graviers. La Garonne s'étire de Marmande jusqu'aux portes de Toulouse, avec Buzet et les Côtes du Marmandais, où l'abouriou garde sa place. Le Lot porte Cahors, terre du côt, appelé malbec dans le reste du monde, planté sur les terrasses de la vallée et sur les causses calcaires. Le Tarn traverse Gaillac, l'un des plus anciens vignobles de la région. L'Adour, enfin, longe le piémont pyrénéen, de Madiran à Jurançon, sur des coteaux exposés aux vents du sud.

Les cépages comme identité

Chaque appellation a son nom de cépage. Le tannat donne sa charpente au Madiran. Le fer servadou, qu'on appelle mansois, fait le Marcillac. La négrette est la base des rouges de Fronton. À Gaillac, le mauzac et le len de l'el portent les blancs, le duras et le prunelard les rouges. L'abouriou appartient aux Côtes du Marmandais. Le petit et le gros manseng font les blancs secs et moelleux de Jurançon. Le côt reste le cépage de Cahors. À Gaillac, Robert Plageoles a passé des années à rechercher et replanter l'ondenc, le len de l'el et les différentes formes de mauzac, que presque plus personne ne vinifiait.

Un vignoble majoritairement IGP

Le périmètre de l'interprofession IVSO (hors Bergerac et Duras) compte environ 42 000 hectares de vigne, dont un tiers seulement en AOP. Pourtant, quand on pense au Sud-Ouest, on pense d'abord à Cahors, Madiran ou Jurançon, des vins de garde. L'écart s'explique par le poids de l'IGP Côtes de Gascogne : elle représente à elle seule environ 74 % des volumes IGP sortis des chais lors de la campagne 2022-2023. Ce sont surtout des blancs secs tirés du colombard, de l'ugni blanc, du gros manseng et du sauvignon, bus jeunes et largement exportés. Le Gers produit donc le volume, quand les AOP misent sur la garde et le cépage local. L'ensemble compte 29 appellations d'origine pour les vins tranquilles et effervescents, et 12 IGP. L'Armagnac et le Floc de Gascogne, nés sur le même sol gascon, relèvent d'autres filières et sortent du cadre de cette série.

Deux hommes, deux leviers

En 1980, Alain Brumont rachète le Château Montus, à Madiran. Il fait le choix d'élever le tannat longtemps en barriques neuves, à rebours des vins vendus jeunes de l'époque. Il replante et construit une nouvelle cave. Un an plus tôt, en 1979, André Dubosc avait participé à la création de Plaimont Producteurs. La coopérative rassemble des vignerons du Gers, des Hautes-Pyrénées et des Pyrénées-Atlantiques. C'est elle qui veille aujourd'hui sur la vigne de Sarragachies et sur les cépages qu'elle abrite. Le premier a misé sur un domaine, le second sur le collectif ; tous deux ont parié sur les cépages du pays.

Les cinq volets de la série partiront chacun d'une rivière et d'une histoire. Le Bergeracois et Duras s'ouvriront sur Patricia Atkinson, Anglaise installée en 1990 près de Saussignac. La Moyenne Garonne commencera à Cocumont, avec Elian Da Ros et son abouriou. La Vallée du Lot partira du gel de février 1956 et des familles qui ont replanté Cahors. La Vallée du Tarn suivra Robert puis Bernard Plageoles dans leurs vignes de Cahuzac-sur-Vère. La Gascogne et le Piémont pyrénéen reviendront à Montus, où Alain Brumont a changé la manière d'élever le tannat.

Sources : Chiffres clés IVSO, conseil de bassin Sud-Ouest, DRAAF Occitanie, nov. 2023 (https://draaf.occitanie.agriculture.gouv.fr/IMG/pdf/1-1-ivso_marches_cbso_20231108.pdf) ; Édit du Roi donné à Versailles en avril 1776 permettant de faire circuler librement les vins, BnF (https://catalogue.bnf.fr/ark:/12148/cb338460562) ; Vigne de Sarragachies (https://fr.wikipedia.org/wiki/Vigne_de_Sarragachies) ; A. Dubosc, Rencontres des cépages modestes 2013 (https://www.rencontres-des-cepages-modestes.com/rencontres/2013/2013_doc/11_Dubosc.pdf) ; Vignoble de Pécharmant (https://fr.wikipedia.org/wiki/Vignoble_de_P%C3%A9charmant) ; Dordogne Périgord Tourisme ; Cahier des charges Côtes du Marmandais (INAO).

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