
Du Vic-Bilh au Pays basque, sept appellations partagent un même socle de cépages : le tannat pour les rouges, le petit et le gros manseng pour les blancs. Ce dernier volet de la série les suit de la plaine de l'Adour jusqu'aux terrasses basques.
Quand Alain Brumont achète le Château Montus en 1980, le Madiran se boit surtout sur place et passe pour un vin rustique. Brumont mise sur le cépage de l'appellation, le tannat. Il fait élever ses vins en barriques neuves, à une échelle que les habitudes locales ignoraient encore. Il travaille aussi la sélection de ses parcelles et la maturité du raisin. Le nom de Montus se met alors à circuler bien au-delà du Vic-Bilh.
Madiran et Pacherenc : une aire, deux couleurs
L'aire de Madiran s'étend à cheval sur les Hautes-Pyrénées, le Gers et les Pyrénées-Atlantiques. On y comptait 964 hectares plantés en 2024, selon les données publiées sur l'appellation. Le cahier des charges impose au moins 60 % de tannat dans l'assemblage, complété par le cabernet franc, le cabernet sauvignon ou le fer servadou. Ce tannat à peau épaisse donne au Madiran sa charpente et sa capacité de garde.
En 2006, le chercheur Roger Corder a publié dans la revue Nature des travaux sur les procyanidines de certains vins rouges, parmi lesquels des vins de tannat. Ces travaux portent sur la chimie du vin ; ils ne fondent aucune allégation de santé.
Sur la même aire, le Pacherenc du Vic-Bilh produit des blancs à partir du petit et du gros manseng, avec l'arrufiac. Il existe en sec comme en moelleux, ces derniers issus de vendanges tardives.
Saint-Mont et Tursan : Plaimont et Bachen
Saint-Mont s'étend dans le Gers, au nord de Madiran. L'appellation doit beaucoup à Plaimont Producteurs, qui en vinifie l'essentiel. C'est Plaimont qui a fait étudier la vigne de Sarragachies, dont les souches ont échappé au phylloxéra. Elle a été inscrite aux Monuments historiques en 2012, une première pour une vigne en France.
Plus à l'ouest, Tursan se situe dans les Landes. L'appellation est liée à Michel Guérard, le cuisinier d'Eugénie-les-Bains, qui a repris le Château de Bachen pour en faire une propriété viticole. Les blancs de Tursan font souvent appel au baroque, un cépage local qui marque l'appellation.
Jurançon et Béarn : mansengs et mémoire royale
Le Jurançon s'étend sur les coteaux au sud de Pau. Le petit et le gros manseng y forment la base de l'encépagement. Pour les moelleux, on laisse les raisins sur souche jusqu'à la fin de l'automne : ils se passerillent et concentrent leurs sucres. De là viennent les Jurançon moelleux et les vendanges tardives. Les Jurançon secs, cueillis plus tôt, ont un profil plus tendu, souvent marqué par les agrumes.
La tradition veut que le roi Henri IV, né à Pau en 1553, ait eu les lèvres frottées d'ail et humectées de vin de Jurançon à sa naissance. Aucune source contemporaine ne le confirme : c'est un récit transmis, pas un fait établi.
Henri Ramonteu conduit le Domaine Cauhapé, à Monein. Il y produit des Jurançon secs et des moelleux, et a travaillé à faire du sec un vin à part entière, avec ses propres cuvées.
L'appellation Béarn demande une précision. Son aire couvre son berceau autour de Bellocq et d'Orthez, mais englobe aussi les zones de Jurançon et de Madiran. Ses rouges reposent surtout sur le tannat, souvent avec le cabernet franc.
Irouléguy, les terrasses basques
Irouléguy est l'appellation la plus à l'ouest et la plus montagneuse du groupe. Ses vignes s'étagent en terrasses autour de Saint-Étienne-de-Baïgorry, dans les Pyrénées-Atlantiques. Le tannat domine les rouges et les rosés ; les blancs reposent sur les mansengs.
La cave coopérative d'Irouléguy, fondée au milieu du XXe siècle, a longtemps porté l'essentiel de la production. Des domaines indépendants sont ensuite apparus. Thérèse et Michel Riouspeyrous, au Domaine Arretxea, travaillent leurs parcelles en biodynamie, sur des pentes où chaque rang se gagne.
Ce qui tient ensemble ces sept appellations, c'est moins un style qu'un socle : le tannat, les mansengs et un attachement aux cépages du pays. Sur le même territoire, l'Armagnac et le Floc de Gascogne relèvent d'une autre tradition et d'un autre sujet. La série s'arrête ici, après vingt-neuf appellations parcourues de Bergerac aux contreforts des Pyrénées. Elle a commencé dans une vigne inscrite comme un monument ; elle finit dans un chai où un homme a choisi de prendre le tannat au sérieux.