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Le Bordelais - Médoc (2/6)

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Le Médoc, la rive gauche en rouge

Sur une carte, le Médoc ressemble à une langue de terre coincée entre l'océan, à l'ouest, et l'estuaire de la Gironde, à l'est. Le vignoble s'est installé le long de l'estuaire, sur une bande de plus de 80 km de long pour une dizaine de kilomètres de large, de Blanquefort, aux portes de Bordeaux, jusqu'à Saint-Vivien, presque à la pointe.

Graves, palus et calcaire

Le secret du Médoc tient d'abord aux graves. Ce sont des galets, du sable et des graviers apportés par la Garonne, qui forment de petites buttes, les "croupes". Dans le Haut-Médoc, elles culminent à peine à une quarantaine de mètres. Ces sols laissent filer l'eau et gardent la chaleur. La vigne doit plonger ses racines loin, et le cabernet-sauvignon, cépage tardif, y trouve de quoi mûrir.

Entre ces croupes et l'estuaire s'étendent les palus, des terres d'argile et de limon déposées par le fleuve. Elles accueillent surtout des prairies et des bois. Des ruisseaux, les jalles et les esteys, drainent les croupes vers la Gironde. Détail amusant : ils servent souvent de frontière entre deux appellations.

Sous les graves, on trouve du calcaire et de l'argile, qui affleurent par endroits, notamment à Saint-Estèphe, Listrac et Moulis. Le merlot y prend souvent un peu plus de place qu'ailleurs dans le Médoc.

Sur la rive droite, à Saint-Émilion ou Pomerol, l'argile et le calcaire dominent et le merlot mène le jeu. Dans le Médoc, ce sont les graves qui donnent le ton, et le cabernet-sauvignon avec elles.

Un vignoble 100 % rouge

Le Médoc ne produit que du rouge. Pas de blanc sec comme dans les Graves ou l'Entre-deux-Mers, pas de liquoreux comme à Sauternes. Sur environ 16 000 hectares, il sort chaque année près de 800 000 hectolitres de vin.

Ce sont toujours des assemblages : le cabernet-sauvignon mène la danse, suivi du merlot, du cabernet franc, du petit verdot et, à la marge, du malbec. Les vins sont charpentés et gagnent souvent à patienter quelques années en cave.

Huit appellations, deux niveaux

Le Médoc compte huit AOC. Deux sont dites sous-régionales et couvrent à elles seules 60 % du vignoble médocain. Sur le papier, l'aire de l'AOC Médoc couvre toute la presqu'île, jusqu'à la côte atlantique. En pratique, ses vignes se concentrent au nord, de Saint-Germain-d'Esteuil à Saint-Vivien. L'AOC Haut-Médoc s'étend au sud, de Blanquefort à Saint-Seurin-de-Cadourne. Petit piège pour les débutants : "haut" ne veut pas dire "meilleur". Il désigne la partie en amont, plus près de Bordeaux.

Les six autres sont communales et se trouvent toutes dans la zone du Haut-Médoc. Du nord au sud, on croise Saint-Estèphe, Pauillac et Saint-Julien au bord de l'estuaire, puis Listrac-Médoc et Moulis-en-Médoc un peu plus à l'intérieur des terres, et enfin Margaux. C'est là que se concentrent les vins les plus connus et la plupart des crus classés.

Le classement de 1855

Le Médoc a sa propre hiérarchie, établie en 1855 sous le Second Empire. Le critère : le prix de vente des vins à l'époque. Les châteaux ont été répartis en cinq catégories, du premier au cinquième cru classé.

Presque tous les élus sont médocains. L'exception notable est Château Haut-Brion, situé dans les Graves, rangé parmi les premiers crus. Les autres premiers sont Lafite Rothschild, Latour et Mouton Rothschild à Pauillac, ainsi que Château Margaux.

Ce classement n'a quasiment pas bougé depuis. Le changement le plus célèbre date de 1973, quand Mouton Rothschild est passé de deuxième à premier cru. (Pour être tout à fait exact, Château Cantemerle avait été ajouté aux cinquièmes crus dès 1856.) Le classement de Saint-Émilion, lui, est révisé environ tous les dix ans.

Par où commencer ?

Le plus simple est d'ouvrir Oeno.match pour immortaliser la dégustation de deux bouteilles : un Margaux, souvent décrit comme plus fin et parfumé, et un Pauillac, réputé plus puissant. Pour un budget raisonnable, les AOC Médoc et Haut-Médoc et les crus bourgeois donnent déjà une bonne idée du style.

Prochain article de la série: le Libournais

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